La Tribu des Bounga-Boungas

le menu le résumé les fiches

 

 Vous êtes en retard, jeune homme !  dit Monsieur Lessec avec sévérité à Bruno, qui vient juste d'entrer en classe.
 Je ne trouvais pas d'endroit pour garer mon vélo, Monsieur  répond Bruno en s'asseyant.
 Et bien, pour rattraper ce que nous avons déjà vu en votre absence, vous me conjuguerez la phrase Je partirai plus tôt le matin pour être certain de pouvoir garer mon vélo et arriver à temps en classe, à tous les temps. Pour demain matin. 

À la récréation, les Bounga-Boungas se retrouvent dans la cour.
 Pas de chance mon gars  fait Berthe à son ami.
 Tu peux parler... Ce n'était pas ton vélo qui prenait la seule place disponible près de la grille ?
- Héhé, je me suis levée à temps, moi ! Mais si tu veux, je veux bien compatir à ta douleur et même te soutenir pendant ta punition.
- Mais pas m'aider à la faire, je suppose ?
- Évidemment ! Faut pas exagérer non plus !
- Dites, 
intervient Jane,  si on allait parler au directeur ?
- Pour faire sauter ma punition ? Bonne idée a !
- Mais non, gros malin ! Pour lui proposer d'installer de quoi garer nos vélos, en toute sécurité et facilement, sans devoir passer des heures à chercher, comme toi, ou sans risquer qu'on nous les vole ou qu'on nous crève les pneus, comme a m'est arrivé l'année passée...
- Ok, mais dépêchons-nous alors 
dit Berthe,  la récré est déjà presque finie... 

*
* *


Le silence revient dans la salle des professeurs, alors que Monsieur Lessec s'assied enfin à sa place.
 Nous n'attendions plus que vous, Monsieur Lessec.
- Je, heuu, veuillez m'excuser, Monsieur le Directeur 
bredouille le professeur des Bounga-Boungas, très embêté.  J'ai eu quelques problèmes avec la machine à café et...
- Soit, soit, commenons sans plus tarder. 

Pendant deux heures, les professeurs et le directeur, Monsieur Plume, discutent de la rentrée scolaire et des différents aspects à aborder ou à améliorer durant les semaines qui viennent. Et il n'a pas oublié la demande des Bounga-Boungas. Ainsi, une bonne partie de la réunion est consacrée à dresser une opération vélo à l'école .

Le lendemain, chaque élève reoit un questionnaire à remplir. Les professeurs peuvent ainsi savoir qui vient déjà à l'école en vélo, qui viendrait en vélo si c'était plus facile. Ils peuvent même déterminer d'où viennent tous ces élèves. Berthe, Jane et Bruno sont plutôt contents d'eux : finalement, leur entretien avec Monsieur Plume semble avoir porté ses fruits. Mais ils ne sont pas au bout de leurs bonnes surprises...

La semaine même, une dizaine d'arceaux métalliques apparaissent sous le préau. Une note de Monsieur Plume indique que, si cela ne suffisait pas, d'autres seraient ajoutés par la suite.
Le lundi suivant, Bruno et Berthe, en route pour l'école, tombent nez à nez avec Monsieur Lessec, perché sur une vieille bicyclette grinante. Le spectacle est si inattendu que les deux enfants évitent de justesse de percuter leur professeur et de tomber à la renverse. Deux rues plus tard, c'est Monsieur Plume qu'ils voient passer au loin. Puis encore une autre professeur.
Le lendemain, Berthe et Bruno prennent chacun un chemin différent pour confirmer leurs soupons. Même Jane patrouille les rues proches de l'école en rollers. Quand ils se retrouvent à la sonnerie annonant le début des cours, leur hypothèse est devenue une certitude : tous les enseignants de l'école viennent à vélo à leur travail. Du jamais vu !

Mais si tout s'était bien passé les premiers jours, les trajets suivants sont beaucoup plus laborieux. Chez certains, surtout ceux dont le trajet est le plus vallonné, la fatigue commence à s'installer. Le mercredi, Bruno retrouve Monsieur Lessec sur le bord de la route, tournant en rond autour de son antiquité. La chaîne avait sauté ! Bruno lui répare cela en un tour de main. Cinq cent mètres plus loin, c'est le guidon qui lâche ! Du coup, jusqu'au vendredi, Bruno joue les dépanneurs : une selle qui se dévisse par-ci, des pédales qui se détachent par-là, sans compter les nombreux pneus crevés chez les uns ou les autres.
Le jeudi, comme les autres professeurs, Monsieur Lessec arrive trempé dans sa classe. Et contrairement aux élèves habitués, aucun d'eux n'a de protection contre la pluie...
Quant au vendredi, il commence presque tragiquement, Monsieur Plume évitant de justesse une voiture dont le conducteur, pour ne pas devoir lui céder le passage, est à deux doigts de lui rouler dessus. Et pour une fois, ce n'est pas Monsieur Plume qui est dans les nuages !

*
* *


La semaine suivante, les Bounga-Boungas ne rencontrent plus un seul professeur à vélo.
 C'était trop beau  se lamente Jane.
 Ils ont du se décourager. Ils ne sont plus tout jeunes, les pauvres  ironise Bruno.
 Enfin, on a les rangements pour vélos que nous voulions, c'est déjà a  termine Berthe, toujours prête à voir le bon côté des choses.

Le mercredi matin, alors que la cloche a déjà sonné depuis plusieurs minutes et que les élèves attendent dans leurs rangs, aucun professeur n'est visible dans la cour. C'est alors qu'une musique de fanfare retentit et que Marcel sort en courant pour ouvrir la grille de l'école. Monsieur Plume et Monsieur Lessec, casque sur la tête, font une entrée triomphante au milieu des élèves ébahis. Et il y a de quoi ! Ils sont juchés sur deux vélos, attachés côte à côte. Des arceaux souples font le tour de l'engin, pour les protéger des accidents éventuels tandis qu'une bâche est tendue au-dessus de leur tête comme un large parapluie. Un grand coffre s'étalant sur les deux porte-bagages, un impressionnant jeu de sirènes et de gyrophares ainsi qu'une palette de couleurs vives et chatoyantes complètent le tout.

Arrivés au centre de la cour, musique et sirène s'arrêtent. Les deux cyclistes descendent de leur engin et sont rejoints par tous les autres enseignants qui ont attendu ce moment dans le réfectoire.
 Et bien a alors  siffle Berthe !
 Chers élèves,  commence Monsieur Plume,  c'est avec joie que nous vous présentons ce matin la première quadricyclette de l'école. Suite aux remarques de certains d'entre vous (les Bounga-Boungas pouffent de rire en se donnant des coups de coudes amicaux), et pour répondre aux dangers et à la pollution sans cesse croissants autour de nos écoles, nous avons décidé de lancer au plus vite l'opération Vélo à l'École . Notre première action a été l'installation des rangements à vélos sous le préau. Mais, dès lundi prochain nous lancerons l'axe principal de l'opération, telle une voile dans le ciel azuré 

Le lundi suivant, la promesse du directeur est tenue. En cinq points de la ville, correspondant aux cinq principales zones d'origine des élèves, deux quadricyclettes attendent les élèves cyclistes, bien plus nombreux qu'à l'accoutumée. Une fois tout le monde présent, les cinq caravanes se mettent en route. Une quadricyclette ouvre la marche à coups de sirène; viennent ensuite les enfants et, pour fermer le peloton, la deuxième quadricyclette, gyrophares allumés. La troupe prend toute la largeur de leur bande de circulation, assurant ainsi une haute sécurité pour les élèves.
 Ils ont pensé à tout  remarque Berthe.
 Oui, vraiment, c'est du bon boulot ! Plus de risque de se faire prendre par un fou qui ne nous a pas vu, plus besoin de devoir serrer les voitures au plus près, au risque de se prendre une portière...  dit Jane, qui a laissé ses rollers à la maison pour l'occasion.
 Et ils ont même dans leurs coffres tout le matériel pour les réparations ou pour se protéger en cas de pluie  termine Bruno.  a va commencer à devenir dur de faire un choix entre les rollers, le vélo ou la marche à pied pour venir à l'école  dit Jane en riant.
 Sans oublier les trams ou les bus, que nous devons encore tester...  rappelle Bruno
 En tout cas, c'est sûr qu'avec toutes ces possibilités, tous ceux qui ont un peu plus qu'une cerise confite comme cerveau ne viendront plus très souvent en voiture ! 

le menu le résumé les fiches