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Alexandra et ses parents viennent d'arriver dans notre commune
annonce Monsieur Plume.
Elle rejoint notre école aujourd'hui et je vous demande de lui faire un bon accueil dans votre classe.
Pendant que le directeur parle, tous les élèves dévisagent la nouvelle, impeccablement coupés au carré, entourent un joli visage fin. Ses vêtements, tout aussi impeccables, sont à la dernière mode et lui donnent déjà des allures de jeune fille.
Tu as vu ses fringues ?
murmure Jane à Berthe.
C'est pas n'importe quoi...
- C'est sûr qu'ils doivent coûter un max ! Enfin, tant mieux pour elle si ses parents savent les lui payer.
- Tu as raison. Je me demande quand-même si ce sont bien des marques qui respectent les hommes et l'environnement...
Berthe n'a pas le temps de lui répondre : Alexandra est déjà assise à son nouveau banc et le cours reprend.
À midi, à la cantine, les trois Bounga-Boungas viennent s'installer à côté de la nouvelle venue pour faire sa connaissance.
Salut Alex !
dit Jane.
C'est Alexandra
répond cette dernière, un peu sèchement.
Oh, pardon, Alexandra, alors.
Jane se dit que cette réaction est sûrement due à de la timidité.
Moi, c'est Jane. Et voici Berthe et Bruno.
- Ensemble, on forme un petit groupe. Entre nous, on s'appelle les Bounga-Boungas
raconte Berthe.
Comment a ?
s'étonne Alexandra.
C'est quoi ce nom débile ?
- Les Bounga-Boungas
répète Bruno.
Et avec tous ceux de nos amis qui essaient de respecter l'environnement du mieux qu'ils le peuvent, on forme la Tribu des Bounga-Boungas !
- Oooh, a alors.
- Et oui ! Si tu veux, tu peux nous rejoindre aussi,
dit Berthe enthousiaste.
En plus, avec a, tu t'intégreras plus vite dans l'école. On pourrait par exemple prendre le bus avec toi pendant les premiers jours...
Alexandra dépose doucement ses couverts sur la table, puis s'essuie la bouche avec sa serviette, lentement et consciencieusement. Elle regarde alors les Bounga-Boungas les uns après les autres et leur dit :
Votre attention me touche mais je n'ai vraiment pas besoin de vous pour m'intégrer dans cette école ! Ensuite, j'ai d'autres choses bien plus importantes et intéressantes à faire que de m'occuper des petites fleurs et des petits oiseaux. Enfin, je n'ai pas la moindre intention de prendre le bus. De toute faon, j'ai mon chauffeur qui m'amène et vient me chercher tous les jours avec une des grosses voitures de mes parents !
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C'est la deuxième semaine d'Alexandra dans sa nouvelle école. Ce matin, elle n'a pas du tout envie d'y aller ! Contrairement à ce qu'elle avait cru et espéré, le fait d'être une fille riche et à la mode ne l'avait pas aidée à se faire des copains. Ils semblent tous particulièrement préoccupés par l'écologie, ce qu'elle ne comprend pas vraiment.
Tant pis pour eux !
rumine-t-elle, allongée à l'arrière de la voiture, en grignotant des biscuits.
Ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Et moi, je n'ai pas besoin de ces ploucs qui veulent sauver le monde et ne connaissent même pas les chaussures à semelles compensées !
Une voix la sort de sa songerie.
Puis-je me permettre de rappeler à Mademoiselle Alexandra que Monsieur son père lui a formellement interdit de manger dans la voiture et de mettre ses pieds sur les sièges ?
C'est Firmin, le chauffeur. Alexandra sait qu'il vaut mieux faire ce qu'il dit si elle ne veut pas avoir d'ennuis ce soir avec ses parents. Non, vraiment, la semaine commence bien mal.
Cela ne s'améliore pas par la suite. Chaque soir et chaque matin, la voiture reste coincée pendant des heures dans les embouteillages. Firmin met alors de la musique, pour faire passer le temps plus agréablement , dit-il. Mais la seule musique qu'il aime, c'est de l'orgue d'église... Cela crée dans la voiture une ambiance lourde et sérieuse, parfois même macabre. Alexandra déteste a !
Du coup, elle ne parvient pas à lire quoi que ce soit et la seule chose qui lui reste à faire est de regarder dehors de longues files de voitures entourées de gaz d'échappement. Rien de très réjouissant. C'est d'autant plus pénible qu'ils se font régulièrement dépasser par des bus, qui ne sont plus gênés par les automobilistes depuis qu'ils peuvent rouler en site propre. Et dans ces bus, elle peut voir des enfants de l'école qui rient et s'amusent ensemble...
Pour couronner le tout, lorsqu'elle demande à Firmin de vérifier ses devoirs en demandant son avis sur les réponses qu'elle a faites, il répond invariablement
"qu'il doit se concentrer sur la route et n'a pas le temps de s'occuper de ses petites affaires".
Se concentrer sur la route, tu parles ! Il avance au rythme d'un escargot malade... Et évidemment, une fois arrivée à l'école, il est bien trop tard pour demander de l'aide aux autres !
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Les trois Bounga-Boungas se retrouvent à l'arrêt du bus.
Vous ne venez pas en vélo ce matin ?
demande Jane à ses amis.
Non, j'utilise le mien pour une expérience électrique, sur une dynamo spéciale.
- Alors, je l'accompagne. Il est tellement pris dans ses expériences qu'il serait capable de se tromper de bus.
dit Berthe.
Très drôle
commente Bruno.
Et toi, tu as perdu tes rollers ?
- Non, non. Mais je n'ai pas très bien compris le dernier exercice du devoir. Alors, je comptais demander des explications à l'un ou l'autre dans le bus. Et puis, c'est une bonne occasion pour faire nos derniers tests. On a déjà les rollers, la marche à pied et le vélo. Il ne nous manquait plus que les transports en commun... Après, on pourra voir ce qui est le plus intéressant par rapport à la voiture.
- Hé ! Regardez qui voilà !
s'exclame soudain Berthe en montrant Alexandra, debout à l'écart.
Berthe la salue avec un grand sourire. Alexandra lève timidement la main. Les trois amis viennent alors vers elle.
C'est chouette que tu prennes le bus !
dit Berthe.
C'est juste que la voiture est en panne et les autres indisponibles. Ne croyez pas que je vais en faire une habitude !
- Toujours aussi réfractaire à ce que je vois ! On verra bien ce que tu en diras après avoir essayé !
conclut Jane en clignant de l'oeil.
Le premier voyage en bus d'Alexandra se passe plutôt bien. Berthe lui montre comment faire pour payer et elle explique à Jane l'exercice que cette dernière n'avait pas compris. Au soir, le retour se fait dans une ambiance de franche rigolade. Il faut dire que Berthe sait y faire pour mettre la bonne humeur et que ses imitations de Monsieur Lessec ont toujours beaucoup de succès. Entre Alexandra et les autres, une barrière semble s'être brisée. Rendez-vous est pris pour le lendemain et le jour suivant.
Le soir du troisième jour, Alexandra et les Bounga-Boungas se séparent comme les autres jours.
À demain alors. N'oublie pas de m'apporter l'adresse de ton marchand de chaussures !
dit Berthe.
Ok. Je te la donnerai à la récréation. Ce soir, la voiture sera réparée. Demain, je reviens avec Firmin...
Jane, Berthe et Bruno sentent une pointe de regret et de tristesse dans la voix de leur nouvelle amie.
Bon, bien, à demain, dans la cour
fait Jane avec un petit signe de main.
Le lendemain, alors que les Bounga-Boungas montent dans le bus, une voix essoufflée retentit derrière eux :
Attendez-moi, attendez-moi !
Ils sont tellement surpris de voir venir Alexandra qu'ils en oublient presque de retenir les portes. Quelques instants plus tard, confortablement installés à leurs places habituelles, à l'arrière du bus, ils écoutent les explications d'Alexandra.
Hier soir, quand j'ai repensé aux affreux trajets avec Firmin, coincée dans les embouteillages avec de la musique d'église et que j'ai revu ces trois derniers jours avec vous et les autres dans le bus, je me suis dit que je ne pouvais plus manquer cela. C'est bien plus gai et plus sympa ! Déjà rien que pour les devoirs c'est plus pratique ! Et puis, et cela devrait vous faire plaisir, j'ai réfléchi à tout ce que vous m'avez dit sur la pollution, les embouteillages, l'environnement et tout a... Vous avez raison ! Alors, je vous préviens tout de suite, je ne prendrai pas toujours ce bus : vous devrez aussi me supporter en vélo, à pied ou en rollers !
Et même les automobilistes coincés dans leurs voitures à quelques mètres de là peuvent entendre l'éclat de rire qui acclame Alexandra.
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